Excursion dans les Balkans


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Ce blog retrace le court voyage d'une semaine en Bosnie et en Serbie d'une étudiante en histoire. Partie chercher du soleil et du repos, j'ai trouvé entre Sarajevo et Belgrade des histoires, des gens et des cultures fascinants. Des impressions, des photos et quelques reflexions...

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Jeudi 23 août 2007

A mon arrivee a Sarajevo, je suis accueillie par Sejad, qui travaille de temps a autre pour une association francaise. Cette association a beaucoup travaille pour les enfants et est en train de monter des circuits de tourisme equitable en Bosnie. Avis aux amateurs : www.tourisme-equitable-bosnie.com

Sarajevo---Sejad-et-sa-famille-02.jpg
Sejad est controleur dans la compagnie des tranways de Sarajevo. Il a deux enfants (Aldin et Ajla, environ 8-10 ans). Sa femme est femme au foyer. Il m'explique qu'il est tres difficile de trouver du travail ici. Parfois, on peut trouver un petit job pour un ou deux mois et au final, ne pas etre paye. Lui est assez content, apres 6 ans de contrats precaires, il vient de signer un contrat pour plusieurs annees. Jusqu'ici, son contrat s'arretait chaque annee. Il se retrouvait au chomage pour un ou deux mois et re-signait un nouveau contrat d'un an. La vraie galere.


Aujourd'hui, il a pu prendre un credit, acheter une voiture et, pour la premiere fois depuis la guerre, emmener ses enfants a la mer. Sa maison est perchee sur une des collines qui bordent Sarajevo. Attention, dans les maisons bosniaques, on enleve les chaussures avant d'entrer.

L'hospitalite n'est pas un petit mot. Bien entendu, je paye ma chambre (15 euros) mais quand meme. Ils me pretent leur chambre et dorment dans le salon. Surtout, la femme de Sejad me gave comme une oie. A mon arrivee (22h30), petit gateau avec sirop de fruits rouges fait maison. Puis repas (poivrons farcis). Le lendemain matin, cafe bosniaque (il n'est pas filtre, delicieux) puis petit-dejeuner. Omelettre, saucisse, fromage de Travnik (un bon, cette fois-ci) et de la saucisse fumee. Puis gateau, puis, une heure apres, un epi de mais tout chaud qui vient juste d'etre cueilli dans le jardin. Bref, un banquet permanent.

Sarajevo---Adlin-et-Ajna.jpg

Le lendemain de mon arrivee, Sejad ne travaille pas. Nous passons donc la matinee sur la terrasse, a discuter, en compagnie de ses parents. Sejad est ne en France et y a vecu jusqu'a l'age de 12 ans. Son pere parle encore un tout petit peu francais. Nous discutons beaucoup de la guerre et de la situation en Bosnie.

La politique : Sejad a un temps ete proche du SDP (le parti social-democrate que j'ai rencontre), mais aujourd'hui, il est un peu desabuse. Les politques promettent beaucoup et ne font pas grand chose quand ils arrivent au pouvoir (si Sarkozy pouvait faire pareil...). Pour lui, l'essentiel est d'arriver a assurer une vie correcte pour lui et sa famille.

La guerre : Sejad avait 18 ans au debut de la guerre. Beaucoup des hommes de sa famille sont partis (cousin, oncle, frere). Il a ete mobilise a 19 ans. Il m'a raconte un episode avec les casques bleus, qui leur ont donne du vin. Grosse engueulade apres par son chef. Certains de ses amis on fuit le pays pour se refugier en Espagne ou en Allemagne. Quand ils reviennent aujourd'hui, ils ont beaucoup plus d'argent que la moyenne des gens et sont plus respectes. Va chercher une logique.

Le siege de Sarajevo : Sejad et son pere m'en parlent tous les deux. Periode difficile. Pas d'electricite, pas d'argent, pas d'eau. Un kilo de sucre valait l'equivalent de 50 euros, un kilo de cafe, 75 euros. Quand je sors le livret de l'exposition sur le siege et que Sejad regarde les photos, il dit "oh, j'avais preque oublie". Puis rectifie "non, on n'oublie pas... juste, on passe a autre chose".

Il me raconte que les gens devenaient fous. Il a vu des hommes et des femmes marcher a reculons dans la rue en parlant tous seuls. Une des consequence du siege, selon lui, c'est que les gens ont pris l'habitude de ne rien faire. Pendant 3 ans et demi, ils ne pouvaient ni travailler, ni sortir, ni telephoner, ni ecrire. Remarque qui me fait sourir : pour d'autres, cette soi-disant caracteristique des bosniens (la flemme et le manque d'initiative) est une consequence du communisme...

Autre histoire de guerre : au marche, on pouvait trouver des sachets de farine ou de poudre de poivron. Parfois, il s'agissait en realite de platre ou de briques reduites en poudre. Sejad me dit que les gens pouvaient s'entretuer pour ce genre d'anarques.

Quand il m'emmene a l'aeroport le lendemain (en echange, je lui laisse toute la monnaie bosnienne qu'il me reste), il me montre les differents batiments abimes pendant le siege. Et ceux plutot epargnes : l'immeuble des journalistes, l'immeuble de l'ONU. En me montrant 4 hautes tours qui dominent la ville, il m'explique que les soldats serbes etaient positionnes la haut. J'ai froid dans le dos, soudainement.

Son travail : le boulot de controleur n'est pas facile. Leurs chefs leur donnent des objectifs a remplir. Objectifs a remplir... obligatoirement. Sinon, retenue sur salaire. Donc, pour ceux qui partiraient la bas en vacances, payez votre ticket, sinon, pas de quartier. Beaucoup de gens n'ont pas d'argent et n'ont meme pas de piece d'identite sur eux pour que les controleurs puissent remplir l'amende. Alors les touristes, c'est sur qu'ils ne les loupent pas.

Les communautes : il me donne quelques exemples de choses qui marchent sur la tete. Pour l'enseignement primaire et secondaire en Bosnie, les croates font venir des livres de Croatie et les serbes de Serbie. Certains enfants bosniens apprennent la geographie de la Croatie, d'autres des chants nationalistes serbes ! Il me raconte des engueulades avec des copains controleurs ou chauffeurs de bus croates qui font expres d'employer des mots typiquement croates. Il me raconte qu'a Mostar, les guides croates expliquent aux touristes que le pont s'est ecroule "a force d'usure"... Petit rappel : cette merveille architectural de l'Empire Ottoman a ete bombardee en 1993.

Le pere de Sejad : c'est un vieux monsieur dont le visage tout entier n'est que sourire. Il a fait partie de l'armee. Jusqu'en 1975, le service militaire durait 3 ans. Sur son avant-bras gauche, un tatouage de la "JNA", l'armee yougoslave. La sensation, quelques secondes, de me retrouver a l'epoque Tito. La femme de son pere s'occupe du jardin depuis la guerre. Elle continue encore aujourd'hui.



 

par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Jeudi 23 août 2007

J'ai quitte Belgrade en train pous rejoindre Sarajevo. Si la liaison a ete retablie depuis quelques mois, elle n'est pas encore tres fonctionnelle. J'ai mis 12 heures pour arriver a Sarajevo. Heureusement, comme toujours dans les trains, les rencontres ont ete nombreuses. Je me demande d'ailleurs pourquoi il existe d'autres moyens de transport que le train. C'est le seul endroit ou l'on peut reellement tisser des liens, avoir des discussions longues et passionnantes et partager a manger ou a boire avec ses voisins.

Je m'arrete devant la "VOITURE RESTAURANT" en me disant qu'il y a un truc qui cloche. En effet, c'est ecrit en francais ! Les wagons sont tous d'origine allemande ou francaise. Rigolo de voir le sigle de la SNCF au milieu de la Serbie.

Dans le premier train, mon compartiment etait rempli de petits vieux bosniens se rendant dans des villes de provinces ou en Croatie. J'ai eu droit a environ 2000 sourires en 4 heures. Plus un sandwich. Genial.

Dans le deuxieme train, j'ai voyage avec deux australiens qui effectuaient un grand tour d'Europe. Et qudn j'ecris grand, c'est vraiment le tour complet (sauf les Pologne, parce qu'il leur fallait un visa). 3 mois de voyage, uniquement en train. Ils etaient bien d'accord avec moi pour dire que les trains serbes et bosniens etaient particulierement lents. Il faut dire que quand les gens a velo vont aussi vite que vous, qui etes assis dans un wagon ou il fait environ 30 degres... c'est plutot etrange.

J'exagere un peu, nous faisions des pointes a 50 km / heure. Et des la frontiere croate passee, nous avons file a un train d'enfer (au moins 100 km / heure). Nous avons admire les eglises orthodoxes de la campagne serbe et les eglises catholiques de la campagne croate. Ce sont les seuls batiments flambants neufs. Je revois Kerrie et Ross (oui, comme dans Friends !) dans un mois, lorsqu'ils passent a Paris. Hebergement et visites au programme.

Pendant que j'ecris, une chanson francaise passe a la radio, ici, dans un petit cyber cafe a Budapest. Vraiment, la France, quelle grande nation !

par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Mercredi 22 août 2007
Il est trois heures du matin. Apres avoir explique (en anglais), le principe de la laicite et la loi sur le voile a trois jeunes serbes, je vous livre quelques reflexions.

Sur le conflit et ses consequences

Portrait-de-Pavle.jpgGuerre et Paix : beaucoup de discussions eues ou entendues sur la guerre et la situation politique en Serbie. Pavle (un des gerant de l'hotel) ne cesse de parler. Hier, il a raconte qu'il avait envoye son fils (9 ans) dans une colo en Croatie (pour justement lutter contre le repli sur soi de chacun des peuples). Au bout d'une semaine, son fils a du dire d'ou il venait. A partir du moment ou les autres enfants ont su qu'il etait serbe, ils ont cesse de jouer avec lui. Pavle se declare "fini". La guerre l'a mine. Quand on le relance sur le Kosovo ou Sebrenica, on voit ressortir des discours qui ont l'air de sortir tout droit d'un bureau de propagande serbe. Sebrenica ? Ils ont tue des soldats, c'est normal en temps de guerre. Le Kosovo ? Que des gens pas eduques. Plus aucune usine ne fonctionne la bas, car ils n'ont aucun ingenieur. De toutes facon, il n'y a que des mafieux dans cette region de la Serbie. Les Serbes ont quand meme libere tous les Balkans apres la 1ere et la 2eme guerre mondiale, ont donne une constitution aux Balkans, ont cree un grand Etat Yougoslave. A cote, dessin de Pavle.

Politique : l'autre gerant est completement desabuse en ce qui concerne la politique... mais en parle tout le temps. Selon les, les responsables politique changent d'avis tout le temps et ne sont pas credible. Meme si le Kosovo est dans les faits quasiment independant, aucun homme politique ne pourra signer l'independance de cette region, il signerait par la meme occasion son arret de mort.

Situation sociale dans les Balkans, nostalgie de Tito et critiques du communisme : Pavle (toujours lui), nous a un peu parle de la situation des gens ici. Salaire moyen : 200 euros. La population regrette l'epoque de Tito. Depuis, la classe moyenne a disparu, les gens ne s'en sortent pas. La securite sociale, qui couvrait tout le monde gratuitement, ne fonctionne plus correctement.

Ana me parle plus tard dans la soiree de la situation des jeunes en Bosnie. Une partie de sa famille a quitte la Bosnie a la fin des annees 90. Ceux qui restent ici sont pour certains d'entre eux un peu paumes. Les etudes coutent tres cher (sauf pour les eleves excellents pour lesquels l'Etat finance l'inscription). Une inscription a la fac coute 1100 marks (550 euros) alors que le salaire mensuel moyen s'eleve a 600 marks (300 euros). Souvent, les familles n'ont qu'un salaire pour vivre. A cela s'ajoute la corruption du systeme d'enseignement superieur. Pour etre sur d'etre note correctement, un eleve doit prevoir un cadeau ou de l'argent pour son professeur.

Ana est assez critique sur la periode Tito. Selon elle, le communisme a anihile tout esprit critique chez les gens ("Tito disait blanc, c'etait blanc. Et vice-versa"). Certes, les protections sociales etaient fortes mais la propagande aussi. Pas de place pour l'emancipation des individus. Ana est profondement de gauche. Son analyse de la periode Tito est particulierement interessante.


Violence : quelques exemples du cote obscur de la Serbie. Il existe un film serbe (extremiste) ayant pour titre "Villages are beautiful when they are burning". Selon un des gerants de l'hotel "les serbes aiment qu'on leur parle de violence". La devise des supporters de l'equipe de foot de Belgrade est (mauvaise traduction) : "Je mange des morts et apres, je danse sur leurs tombes"... Sympa !

Propagande et television d'Etat : durant la periode Milosevic, les gens dans les campagnes n'avaient les infos que via 2 chaines de tele. Selon le responsable de l'hotel, ils avalaient tout ce qu'on leur racontait.

Examens en Bosnie : en Bosnie, tous les lyceens ont des examens communs sauf... en histoire, langue et religion ou les tests sont differents d'une communaute a l'autre. Difficile de comprendre comment ce pays va s'en sortir avec des systemes d'education separes.

Haine entre les communautes : les croates ont un mot pour designer les musulmans et un autre pour designer les femmes voilees. Ils disent "boule". Intraduisible, ce mot exprime autant le mepris que la haine. Les enfants croates l'apprennent des leur enfance.

Espoir : pour Ana, il faut avoir de l'espoir dans les nouvelles generations. Selon elle, l'issue de son pays depend en grande partie de la facon dont sa generation elevera ses enfants. En tous cas, le plus important est "d'eviter un autre conflit"

Quelques elements plus... futiles

Aiguillage des trams : hallucinant. J'ai vu un chauffeur de tramway descendre de son vehicule pour changer manuellement l'aiguillage a une intersection.

Climatisation : tous les immeubles a Belgrade sont equipes d'un systeme de climatisation. Le seul probleme : ces systemes laissent tomber des gouttes d'eau dans la rue. Tous les 10 pas, vous vous recevez une goutte d'eau froide sur le front. Etrange...

Alcool : tous les soirs, je vois circuler des bieres. Les petits joueurs francais peuvent aller se coucher : ici, on vend la biere par bouteilles de deux litres ! Cote vin, j'ai teste un bon vin blanc, de Macedoine (Skovin 2006) et une piquette rouge, de Serbie (le vin qu'achetent les jeunes pour leurs soirees).

Big Mac : pour ceux qui souhaiteraient faire des comparaisons, le menu Best of Big Mac coute 3,40 euros. En France, c'est 6,5 euros (je crois). Rassurez-vous, je suis juste rentree regarder, je n'ai pas mange au Mac Do ! Les boulangeries ici regorgent de feuilletes a la feta, a la viande ou aux champignons, pour un prix variant de 20 centimes a 1 euro.

Camarade : alors que j'utilise ce mot quasiment quotidiennement dans mon organisation syndicale, il fait frissonner Ana. Lorsqu'elle allait a l'ecole pres de Sarajevo, elle devait appeler tous les autres eleves par leur prenom, precede de "camarade".

Greves etudiantes au Quebec : longue conversation avec Jean-Sebastien (l'independantiste quebecquois) sur leur mouvement etudiant contre la disparition des bourses. J-S a occupe des responsabilites importantes dans son organisation. Le mouvement a dure un an et a pris des proportions telles que le ministre de l'Education a du demissionner. Tres instructif. Il me donne plein d'idees pour les prochains mouvements etudiants francais !

par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Lundi 20 août 2007
La premiere chose qui saute aux yeux, ou plutot au nez ici, c'est l'odeur. Il fait une chaleur etouffante, il y a beaucoup de circulation et de travaux et CA PUE ! Je suis Ana et Jean-Sebastien qui ont reserve des lits dans une auberge. Nous sommes accueillis par un monstre. Un vrai. 2 metres de haut, une longue barbe, torse nu avec un ventre enorme. Tres sympa une fois passee la petite frayeur du premier coup d'oeil.

Belgrad-auberge-001.jpgNous nous installons et commencons tres vite a discuter avec lui. On dirait presque qu'il attend ca. Pour lui, la guerre m'a ete qu'une vaste merde, qui a revele le cote le plus sombre des gens. Aujourd'hui, les serbes n'ont qu'une envie, profiter de la vie. Quand on le branche sur le Kosovo, il considere que cet Etat est deja independant dans les faits. Il nous explique qu'il ne peut, lui, y aller. Trop dangereux pour un serbe.



Un peu plus tard, quand il nous verra discuter de Sarkozy avec Adeline (francaise, qui revient d'Istanbul), il nous dira "mais c'est les vacances, pourquoi parlez-vous de politique ?"

L'autre gardien de l'auberge (
Bavle), qui prend la releve l'apres-midi, a une analyse un peu plus... tranchee de la situation. Il commence par m'expliquer que la guerre a ete declenchee par les musulmans (par un attentat lors d'un mariage serbe a Sarajevo en 1992). Ensuite, il me parle beaucoup des souffrances des serbes (tortures dans des prisons secretes en Bosnie). Il y a selon lui 1,5 M de refugies serbes des pays voisins en Serbie.
Il m'explique meme que le massacre de nombreux habitants de Sarajevo, pendant le siege (en 1994), sur un marche (voir photo terrible dans l'album Sarajevo) a ete realise par les musulmans et que le journaliste qui a essaye de dire la verite s'est fait vire. Pour lui, la guerre a ete orchestree par des mafieux, a qui les conflits profitent, pendant que les "normal people" payent le prix fort. Concernant le Kosovo, il considere aue les albanais n'ont qu'a retourner en Albanie s'ils ne sont pas contents.
Le Kosovo est le berceau historique de la Serbie. Il m'explique que c'est comme ci la Corse reclamait son independance. Selon lui, l'Albanie verse des fonds a la moitie des congressistes americains pour qu'ils appuient l'independance du Kosovo.


par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Lundi 20 août 2007
J'ai pris hier soir un train de nuit pour Belgrade. La ligne n'est pas directe entre les deux villes mais la liaison a malgre tout ete retablie le 6 avril dernier.

Les trains de nuit ont toujours fait partie de mes experiences de voyage favorites. Tout d'abord parce qu'on se sent reellement "hors du monde". Roulant dans la nuit alors que tous les villages alentours dorment. Cette impression d'etre spectateur exterieur et passager "hors du temps", alors que le monde continue a tourner est particulierement enivrante.

Les trains de nuit sont egalement l'occasion de rencontres improbables. Se retrouver a 6, serres comme des sardines, dans un compartiment ou il fait environ 35 degres, ca cree des liens. Et cette fois ci, ca n'a pas loupe.

- Je suis arrivee a la gare avec deux jeunes espagnols, pardon, deux jeunes catalans, qui travaillaient pour une maison d'edition de livres scolaires. Nous avons beaucoup discute de bouquins et avons echange nos adresses. Un week-end a Barcelone en perspective.

- L'arrivee dans le wagon de
Laurence et de son fils Eddy a ete haute en couleur. Elle n'arretait pas de gueuler contre les gens qui fumaient (toujours). Je l'ai tout de suite trouvee tres sympathique. Discussion de 2 heures avec cette ancienne hyppie reconvertie a l'anarchisme, la decroissance et l'ecologie. Beaucoup parle de politique (faut-il voter ou non et pourquoi on peut faire changer les choses en etant au parti socialiste), de son fils (difficultes scolaires) et de sa vie de bohemienne. Elle voyage tout au long de l'annee, travaillant deux mois par an pour faire quelques economies et part en Inde, en Amerique latine decouvrir les nouvelles spiritualites et les nouvelles medecines. Je lui laisse l'adresse du site internet de l'association de Damien : La foire aux savoir-faire (www.foiresavoirfaire.org) pour qu'elle y trouve des idees.

- Apres le changement de train, je me retrouve dans une ambiance completement differente. Je suis dans un compartiment avec Jean-Sebastien, etudiant canadien, non, quebecquois, membre du parti independantiste et de gauche et Ana, son amie, bosniaque, dont la famille s'est installee au Quebec apres la guerre. Discussions enflammees sur les greves etudiantes (ils en ont eu des pas mal chez eux aussi) et sur les organisations de jeunesses. On echange sur l'UNEF et sur la FEUQ (federation des etudiants en universite).
Jean-Sebastien est completement exalte. Il me raconte des episodes rigolos de leur greve :
    - un jour, sa promo de physiciens a envoye un communique de presse expliquant que "la derniere fois aue les scientifiques s'etaient meles de politique, ca avait donne Hiroshima". Les etudiants en physique conseillait donc au ministre de renoncer a son projet.
    - autre fait d'arme : il a voulu louer les services d'un cascadeur pour qu'il s'immole par le feu devant le ministere, comme
Jan Palach, etudiant Praguois qui s'est mort en janvier 1969 pour protester contre l'occupation de la Tchecoslovaquie. Idee non retenue car estimee trop extreme, meme par les plus gauchistes des etudiants...

Discussions sur l'independance du Quebec et sur la guerre. Une bonne partie de la famille d'Ana vit encore ici. C'est etonnant car Ana est assez mesuree dans ses propos alors que Jean-Sebastien est tres remonte contre les serbes.

Resutat des courses : 3 fois 1 heure de sommeil. Nous avons ete reveilles par la police bosnienne (sortie du territoire), puis par les croates (entree et sortie du territoire), puis par les serbes (entree sur le territoire). Pleins de tampons sur mon passeport !






par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Dimanche 19 août 2007

Avertissement : si vous voulez comprendre tout ce que je raconte dans cet article, jetez un oeil a l'article precedent (categorie “Tenter de comprendre la Bosnie“) qui explique rapidement le fonctionnement politique et institutionnel de ce pays.

Ce matin, cafe dominical avec deux responsables des jeunes socialistes Serbes. Assez symbolique comme situation : je me trouvais devant la cathedrale catholique avec un bosniaque musulman et un serbe orthodoxe. La discussion fut tres interessante. Elle a porte sur plusieurs elements.
 
- Leur parti est le parti social-democrate bosniaque (Socijaldemokratka Partija Bosne I Hercegovine). Il appartient a l'Internationale Socialiste. Tous les deux etaient elus (chacun dans une de deux assemblees qui contituent le Parlement Bosniaque).  Leur parti est le seul (selon leurs dires) a etre present avec le meme logo et la meme organisation dans les deux parties du pays. Ils ont choisi d etre un parti multi-ethnique, malgre le risque de rester mioritaire. Ils recoivent beaucoup de critiques et face aux partis nationalistes majoritaires, ils pesent environ 20%.
 
- Leur projet : ils defendent une republique bosniaque une et disposant de pouvoirs importants. Ils souhaitent supprimer la partition en deux entites ethniques pour que leur pays dispose d'une constitution forte et de pouvoirs centraux sur tous les sujets (police, education, sante...). Aujourd'hui, ces domaines relevent de chacune des deux entites.
 
- Le nationalisme : la responsabilite des hommes politiques est selon eux particulierement forte. Si les hommes politiques cessaient d'exacerber les nationalismes et la haine, les gens cesseraient tout de suite de se penser comme appartenant a une entite ethnique pour se penser d'abord comme citoyens bosniens. Leur parti lutte contre le repli sur soi et le communautarisme. Ils se sont enflames sur ce theme : “nous parlons la meme langue, vivons dans le meme pays et personne ne peut distinguer un serbe d'une bosniaque dans la rue. Toutes ces guerres et querelles ne sont que bullshit !!“ Nous avons un peu parle de religion mais ils n'ont pas trop voulu s'y attarder.
 
- Les accords de Dayton et la presence des organisations internationales : les accord de Dayton (1995) ont eu un seul effet positif, la fin de la guerre. Sinon, ils ont clairement organise la partition du pays et ont dote la Bosnie d'un etat central trop faible pour qu'une veritable republique voit le jour. Ils se sont montres tres critiques vis a vis du dernier Haut Representant qui n'a fait que “dormir“ pendant les annees ou il etait en responsabilite. Pourtant, ils souhaitent que le HR prenne des decisions. Les precedents avaient en effet impose a la Bosnie un passaport commun, une monnaie commune (meme si les images sur les billets sont differentes d'une entite a l'autre), une permis de conduire commun...
 
- Les etudiants en Bosnie : il n'y a pas de systeme de bourse en Bosnie (sauf quelques bourses de merite pour les eleves excellents). Les frais d'inscription sont fixes par les cantons ou par l'entite (serbe ou croato-musulmane). Pas d'egalite entre les etudiants sur le territoire. En Republique Srpska (prooncer Serbska), les frais d'inscription viennent d'augmenter et varient entre 300 et 500 €. Dans la Federation de BH, l'inscription a la fac coute environ 100 €. Les loyers a Sarajevo sont tres eleves par rapport au pouvoir d'achat. Il y a 7 ans, les etudiants se sont mobilises pour obtenir des aides sociales (resto U, cites U...). Selon mes interlocuteurs, les representants des organisations etudiantes sont lies aux partis nationalistes et sont plutot proches de l'administration. Pas de greves ou de manifs donc. Seulement 30% des jeunes accedent a l'enseignement superieur (et seulement 20% de ces 30% qui reussissent leurs etudes). En France, 50% des jeunes accedent a l'enseignement superieur.
 
- La situation sociale des gens ici est particulierement degradee. 45% de chomage (beaucoup travaillent au noir),

Leur site Internet :
www.sdp-bih.org.ba
 
par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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Samedi 18 août 2007

Samedi - 23h

I have to write some lines in english for Jelena, a young girl I met in the train between Mostar and Sarajevo. I give her the adress of the blog (she would like study computer science) and she doesn't speak french. “Just“ serbian, russian, english and spanish !

It was finally a wonderful day. As say in the precedent article, I was a little disappointed by Mostar and his lot of tourists. The last part of the day was totally different. I went on the top of a little mountain, were I see the a very pretty old orthodox church (see it in the photo album)
 
In the top of this mountain, you could see the symbol of the three religion who try to co-exist in this country.
 
LITTLE GAME 
Look at this picture and fine the catholic church, the orthodox church and the mosquee !

IMG-0120.jpg
 
As I said in the precedent article, this city was really hurt during the conflict. See some pictures of the center of Mostar.
 
IMG-0132.jpgIMG-0114.jpg
 
Since the conflict, Mostar is completly divided in two parts : the bosniac (Muslim) part and the croatian (catholic) part. You could see on this two picture the illustration of this antagonism. On the first, on the top of a mountain (east of the city), a very big catholic cross (10 meters high). On the west moutain,  the Muslims write Tito, we loves you ! I tried to take it with my camera but we can't see anything.
 
Church-on-the-mountain.JPG
 
During the retourn by train, we were with football supporters of Sarajevo. They are so noisy that the police came at the station to see if everything was OK.
 
IMG-0143.jpg
 
In the photo album, you could see the photos of the Mostar station. J'ai toujours trouve les gares tres emouvantes. Lieux de passages, habituellement tres vivant. Dans ce pays, les gares sont pour certaines d'entre elles detruites comme cette petite gare de campagne. D'autres sont placees dans des immenses buildings a l'architecture stalinienne, pourtant completement vides. Etrange sensation de grandeur, de force et de misere a la fois...
 
IMG-0150.jpg
 
The way by train was really a pleasure. Not in the first minutes because we're seating in a compartment with a old man who refused that we open the windows. I think it was 40 degres in the train !
 
We are six in the compartment. A german guy who travelled a lot in his life (Asia, Lebanon, Balkans, Europe...), very sympathic and the family of Jelena. Interesting family : the father is bosniac and the mother is serb. They lived in Belgrad. I speak a lot with Jelena (the daugther) about the student system in Serbia. The government pay the university to the better schoolboys and girls. When I explained that in France, it was according to the social situation of the parents, she found it was an unfair system.
 
En Serbie, les lyceens sont classes a la sortie du lycee. S'ils ont un nombre de points suffisants, leurs etudes (frais d'inscription) sont pris en charge. Sinon, ils doivent esaayer de trouver une place et ils doivent payer. Les frais varient en fonction des filieres (jusqu'a 2500 € pour l'architecture).
 
We have a really interesting discussion with her father about the situation in Bosnia. But here, I will write in french, it's too hard in english.
 
Son pere est donc un bosniaque. Il vit moitie a Sarajevo, moitie a Belgrade et est marie a une serbe. La premiere chose qu'il nous a dit, c'est “la guerre n'est pas finie ici“. Il s'est dit tres pessimiste sur les possibilites de trouver une solution. Pour lui, la resolution du conflit depend notamment du Kosovo. Il pense que si le Kosovo obtient son independance, les erbes seront si enerves qu ils se vengeront sur la Bosnie. Il m a alors expliaue aue les serbes etaient tres violent. Son argumentation melait des elements d'actualite et d'autres plus historiques... Par exemple, il m'a parle des nombreux controles que subissaient les bosniaques quand ils se deplacaient dans la partie Serbe de la Bosnie (explication de la division du pays au prochain numero). Nais il m'a aussi parle, pour me theoriser la violence des Serbes, de l'attentat de Sarajevo contre l'heritier Francois Ferdinand, commis le 28 juin 1914 par un serbe !
 
Discussion passionnante. Il etait fascine par l'histoire de France, notamment celle des hugenots et du massacre de la Saint Barthelemy, etablissant un parallele avec sa propre histoire. Comme me le conseillait le guide le Petit Fute, j'ai beaucoup ecoute, je n'ai pas contredit et j'essayais de relancer le debat par des questions ouvertes. On sent le sujet sensible.
 
En discutant ensuite avec leur fille, elle nous a raconte que ses parents se disputaient souvent a cause du conflit. Quand je lui ai dit que j'essayais de comprendre, elle m'a repondu que je n'y arriverais pas. Les gens sont trop touches personnellement pour avoir un avis objectif“ m'a-t-elle dit.
 
L'arrivee a Sarajevo est survenue trop vite ! Sur le chemin de l'hotel, alors aue nous parlions des situations difficiles et de la facon d'aborder les discussions avec les gens, le berlinois m'a raconte qu'il avait un jour rencontre, a Dublin, un officier israeliens tres conservateur. Sa nationalite allemande l'a mis dans une situation tres delicate pour aborder la discussion.
 
Bref, journee facinante. Une seule question : qu'est-ce qui m'attend demain ? Derniere information que j ai omise de donner : Bob Sinclair (chanteur francais pour les incultes) est, selon Jelena, tres apprecie des jeunes serbes !
 
Demain, je vous ecrit un article concis et clair sur la situation politique et institutionnelle actuelle de la Bosnie : tout un programme...

 

par Caroline DE HAAS publié dans : Rencontres
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